HISTOIRE ET COURANTS DE L'ANTHROPOLOGIE SOCIALE ET CULTURELLE

Communautés dans l'espace urbain— 2

Objet du débat —
Qu'est-ce qu'une approche anthropologique des relations communautaires, de la cohésion sociale et de l'écologie dans les espaces urbains?

Anne Rademacher and K. Sivaramakrishnan, Editors
Ecologies of Urbanism in India.
Metropolitan Civility and Sustainability,

Hong Kong, Hong Kong University Press, 2013

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Deux éminents anthropologues indianistes: Anne Rademacher (NYU) est l'auteur de livres importants sur Kathmandu et Mumbai. K. Sivaramakrishnan, qui fait autorité en anthropologie de l'environnement, enseigne à Yale.

En biologie et en géographie physique, l'écologie urbaine désigne les processus physiques, chimiques et biologiques à l'œuvre dans le cycle de l'eau et la distribution des ressources énergétiques. Du point de vue de l'anthropologie de l'environnement, l'écologie urbaine étudie l'interface entre les habitants et l'environnement dans toutes ses dimensions sans séparer l'écosystème physique, chimique et biologique d'une analyse sociologique, politique et historique de la situation. L'écologie urbaine étudie le rapport de l'urbanisme et de l'architecture à la nature et à l'environnement naturel comme élément de qualité de vie. La durabilité (sustainability) est l'impératif de concilier l'équité, la cohésion sociale et le développement économique avec le respect du cadre naturel.

Les autorités politiques, les entrepreneurs et promoteurs immobiliers, les créateurs, architectes et urbanistes, sont confrontés au défi de «transformer les métropoles indiennes en des environnements durables» (transforming Indian cities into sustainable environments). Dans ce livre qui fait émerger un nouveau paradigme, Rademacher, Sivaramakrishnan et le panel d'anthropologues et géographes qu'ils ont rassemblés prennent pour objets d'étude ces projets de transformation et ces idéologies du développement durable (ideologies of sustainability) et cherchent à comprendre quel impact ont l'urbanisme débridé et les ressources qu'il engloutit sur le milieu de vie, la vie quotidienne et les processus écologiques qui le sous-tendent (how rapidly proliferating and resource-intensive urbanism affect everyday lived environments and the ecological processes that undergird them).  L'analyse porte à la fois sur l'idée que les gens se font — qu'ils soient des professionnels mobilisés dans ces projets d'urbanisme ou de simples habitants — de la nature dans la métropole (ideas of nature in the city) et sur la circulation des moyens de subsistance (the dense networks of livelihoods) qui rendent possible la vie urbaine.

Les «écologies urbaines», ce sont les idées et les dynamiques qui se déploient dans les paysages urbains, y compris la planification, les infrastructures, les luttes politiques pour avoir accès aux ressources et aux équipements, ainsi que l'esthétique de la nature (political struggles over resources and amenities, and the aesthetics of nature). Sur ce dernier point, il est utile d'opposer à l'image traditionnelle de la ville destructrice de la nature et des charmes de la vie rurale une nouvelle approche de la ville et de la nature urbaine administrée comme écosystèmes (it is useful to contrast earlier views of cities as destroyers of nature and harmonious rural life with a new regard for managed urban nature and cities as ecosystems).

Parks, gardens, and tree-lined boulevards brought designed, controlled nature into critical purview, while the acknowledgement of cities as themselves ecological systems challenged ideas of nature as located everywhere but in cities. The gathering critique of modernist planning since the 1970s fostered new intersections between urban design and biophysical science. Urban nature now plays a role in creating public spaces that 'green' the city by providing recreation, oxygen, and enhanced private property values.

Au croisement des études urbaines et d'une anthropologie de l'environnement, nous voyons émerger un nouvel ensemble de conflits sociaux qui portent non seulement sur les conditions matérielles de la vie urbaine — la sécurité, les espaces verts, les services municipaux, la facilité des déplacements d'un endroit à l'autre dans la ville — mais aussi sur la présence des gens, principalement des habitants des taudis, des bas-quartiers, des bidonvilles (slum dwellers), qui sapent ces conditions matérielles de la vie urbaine. Dans cette nouvelle approche, ce qui est en jeu dans les conflits sociaux, ce ne sont pas seulement les choses mais les gens frappés d'exclusion, ce qui va à l'encontre des différentes écologies urbaines imaginées par tel ou tel groupe de citoyens (conflicts should be discussed not only in terms of matter, but also people, who are deemed out of place, a disruption to the ecologies of urbanism imagined by different groups in the city).


Eléments de bibliographie en français

Véronique Dupont et Djallal G. Heuzé (Sous la direction de), La Ville en Asie du sud. Analyse et mise en perspective, numéro thématique de Puruṣārtha, la revue du CEIAS, Paris, Editions de l'EHESS, Collection Puruṣārtha n°26, 2007. 

Loraine Kennedy et Marie-Hélène Zérah (Sous la direction de), Gouvernance, nouvelles spatialités et enjeux sociaux dans les métropoles indiennes, numéro thématique de la revue en ligne Métropoles, n°9, 2011.