HISTOIRE ET COURANTS DE L'ANTHROPOLOGIE SOCIALE ET CULTURELLE

Parole, autorité et violence — 1

Objet du débat —
L'autorité de la parole ne marque-t-elle pas nécessairement la domination d'une tradition écrite sur les pratiques de la vie quotidienne?

18 novembre 2019
Violence des catégories de la pensée collective

Joel Robbins
Becoming Sinners. Christianity and
Moral Torment in a Papua New Guinea Society
,
Berkeley; University of California Press, 2004

Dans la Bibliothèque Tessitures:
Anthropologues 1970s → > Robbins (Joel)

Joel Robbins (né en 1961), américain initialement formé à l'anthropologie culturelle (PhD 1998, University of Virginia), enseigna à l'University of California, San Diego (1998–2013) avant de devenir the Sigrid Rausing Professor of Social Anthropology at the University of Cambridge, UK.

C'est une anthropologie des catégories fondamentales de la pensée collective. Dans Becoming Sinners, fondé sur une enquête ethnographique chez les Urapmin, une petite communauté mélanésienne christianisée dans les années 1960, Robbins articule la description d'une culture chrétienne locale avec une réflexion globale sur le christianisme et le changement culturel en Océanie. C'est l'étude d'un «système moral indigène» (p.xxvii), «dans lequel les acteurs sont culturellement construits comme étant conscients (aware) à la fois de la force directive (directive force) des valeurs [orientant l'action] et des choix qui leur restent ouverts en cédant à cette force» (p.315). Cette sociologie des valeurs lui vient de Louis Dumont. D'abord baptistes (évangéliques, conservateurs), les Urapmin deviennent pentecôtistes (charismatiques) à la fin des années 1970. Changement radical visant à adopter les valeurs d'une autre culture.

Ce livre relève d'une anthropologie de la parole du fait que Robbins porte davantage attention aux discours (doués d'autorité morale) qu'aux pratiques. Sa thèse est que les Urapmin «vivent dans une sorte de double conscience» (p.xxvi), pris dans une tension insurmontable entre les valeurs fondamentales de leur culture traditionnelle et les valeurs qu'ils ont adoptées avec la culture chrétienne. Une lecture trop rapide y verrait l'emprise fatale du christianisme sur une culture mélanésienne, mais Robbins y voit l'émergence d'un «système culturel hybride»: «L'interaction dynamique (interplay) d'éléments culturels [hétérogènes] qui donne à ce système [moral] sa forme pourrait muter (shift) à tout moment» (p.332), que ce soit sous l'influence de ses contradictions internes ou sous la pression de forces extérieures.

Lectures complémentaires

Dossier Robbins dans la Bibliothèque Tessitures

Alan Rumsey, Christianity, Culture Change, and the Anthropology of Ethics. Review of: Becoming Sinners. Christianity and Moral Torment in a Papua New Guinea Society by Joel Robbins, Anthropological Quarterly, Vol.77, No.3 (Summer, 2004), pp.581-593.

David Martin, Review of: Becoming Sinners. Christianity and Moral Torment in a Papua New Guinea Society by Joel Robbins, Journal of Religion in Africa, Vol.35, Fasc.1, New Dimensions in the Study of Pentecostalism (Feb., 2005), pp.122-126.

Borut Telban, Review of: Becoming Sinners. Christianity and Moral Torment in a Papua New Guinea Society by Joel Robbins, Paideuma: Mitteilungen zur Kulturkunde, Bd.51 (2005), pp.307-309.

Lena Heinzmann, 'Becoming Sinners' by the Force of Cultural Logics? Joel Robbins on Christianity and Cultural Change in Papua New Guinea, Paideuma: Mitteilungen zur Kulturkunde, Bd.55 (2009), pp.49-66.

Yannick Fer, Recension de: Becoming Sinners. Christianity and Moral Torment in a Papua New Guinea Society par Joel Robbins, Archives de sciences sociales des religions, 54e Année, No.148 (octobre-décembre 2009), pp.296-298.