HISTOIRE ET COURANTS DE L'ANTHROPOLOGIE SOCIALE ET CULTURELLE

La place des femmes dans la parenté — 2

Objet du débat —
Les femmes peuvent-elles résister à la domination masculine dans les relations de parenté?

4 février 2019
Un contre-modèle féminin de la parenté

Le second séminaire sera consacré à une lecture critique de:

Gloria Goodwin Raheja and Ann Grodzins Gold,
Listen to the Heron's Words: Reimagining
Gender and Kinship in North India
,
Berkeley, University of California Press, 1994.

On peut lire cet ouvrage en ligne sur le site de UC Press eBooks:

http://ark.cdlib.org/ark:/13030/ft5x0nb3v0/

Raheja et Gold participèrent au tournant réflexif dans les travaux féministes sur la parenté. Elles appellent contre-modèles (counter-systems) des perspectives féminines allant à contre-courant des perspectives masculines. Le héron symbolise cette dualité de perspectives. C'est un prédateur hypocrite dans l'idéologie masculine, dont les femmes au contraire écoutent avec sympathie les paroles. Raheja et Gold placent donc leur ouvrage sous l'égide du héron, ce narrateur amical qui raconte des histoires d'adultères et soutient la résistance des femmes à la domination masculine.

Ce chef d'œuvre d'anthropologie féministe fondé sur l'ethnographie minutieuse d'une société traditionnelle éclaire les débats actuels sur ce que les anthropologues britanniques (Strathern, Carsten), jouant sur les mots, appellent «la parenté (relationships) après la parenté (after kinship)», c'est-à-dire après la disparition présumée des liens de parenté traditionnels dominés par les parents masculins consanguins.

Dans ma présentation au séminaire, je partais de la critique adressée par Raheja et Gold à des psychanalystes, des orientalistes et quelques anthropologues qui avaient popularisé la thèse d'une image clivée (split image) de la femme en Inde, alternativement maternelle (pure) et séductrice (corrompue). L'image clivée opposant le dangereux pouvoir de séduction des femmes comme amantes à leur pouvoir sacré de donner naissance à des fils et de les allaiter exprime non seulement le point de vue masculin sur les femmes (p.37) mais aussi le point de vue formulé dans les textes sanskrits dont les auteurs étaient surtout des hommes (pp.38 et 71). Raheja et Gold, au contraire, réhabilitent la poésie orale et les récits chantés par des femmes.

Le silence des femmes sur leur corps et la sexualité dans la vie quotidienne fait contraste avec ce qu'elles révèlent de leur vie érotique et de leur fécondité à travers leurs chants dans des occasions festives. Si vous choisissez pour votre travail écrit de composer un commentaire de ce livre, vous devez impérativement étudier au moins un chant de femmes de votre choix parmi ceux que Raheja et Gold ont recueillis.

Voir le dossier Approches féministes sur le site Ginger (Anthropologie sociale de l'Inde).

Lecture complémentaire

Ganapati: Anthropologists > Gold (Ann)

Ann Grodzins Gold, Bhrigupati Singh, Farhana Ibrahim, Edward Simpson and Kirin Narayan, Portrait Ann Grodzins Gold, Religion and Society. Advances in Research, Vol.7, No.1 (September 2016): 1–36.